Mourir pour des idées …

|  Par Frédéric Denhez

« Mourir pour des idées, c’est une chose, mais c’est quand même relativement bête »

Voilà ce qu’a déclaré aujourd’hui le cadavérique Thierry Carcenac, président du Conseil général du Tarn, après la mort de Rémi Fraisse. Blanc comme un pet, comme disait ma grand-mère, un pet bête et triste écrirait Frédéric Dard, la chevelure en étoupe, la peau du front labourée comme un champ et travaillée par de bien grosses taches, ce monsieur a des allures de tête momifiée du quai Branly. Il sent la mort. La mort qu’il insulte.

Sur le fond de l’affaire, lisez Jade Lindgaard et Louise Fessard, sur Médiapart tout y est. Je résume quand même : un projet mal ficelé, mal financé, aux mérites flous, pour lequel les autorités se sont arc-boutées sur une vision du progrès issue des Trente glorieuses, afin de ne pas courber l’échine face à une population qui, globalement, était non pas résolument contre, mais questionnait le processus d’élaboration et réclamait de sérieux aménagements et, à tout le moins, un examen contradictoire afin d’explorer des solutions différentes. Qui n’avaient pas été réfléchies. Et puisque la France est un théâtre manichéen, la police a débarqué en force, et donc les anarchistes ont débarqué en force, et inversement. L’affrontement, inévitable et attendu, est arrivé, et un gamin, naturaliste et bénévole, juste là au mauvais moment, au mauvais endroit, est mort.

Il a fallu deux jours et demi pour que le triste Carcenac réagisse. Je vous laisse voir la vidéo. Il n’y a dans cette bouche pincée aucune empathie, aucune affection, aucun regret. Il n’en sort que les mots d’un oncle déplorant, le dimanche midi en découpant le rôti, la chevelure trop longue d’un neveu qui a n’a pas réussi son droit. Il montre du doigt, il fait la morale, il donne la leçon. Il ne parle pas, il récite, parce qu’il est perdu, pépère. Incapable d’empathie, il se raccroche à l’ordre. Sa seule branche avant de tomber.

Osera-t-il, l’écœurant notable, déposer une gerbe le 11 novembre afin d’honorer les Poilus « morts pour des idées » ? Osera-t-il encore fleurir les plaques et les croix plantées en l’honneur de résistants « morts pour leurs idées » ? Osera-t-il emmener madame au bal du 14 juillet en pensant aux révolutionnaires « morts pour leurs idées » ? Osera-t-il se représenter devant les électeurs, dans un système républicain pour lequel tant de gens sont « morts pour leurs idées » ?

Vous me faites honte, Carcenac. Vous faites honte à cette République que j’aime et que j‘ai au cœur et au ventre. Je suis né dans le Nord où on ne peut faire un pas sans rencontrer un champ de bataille, un cimetière militaire, un hommage à la Résistance. Je suis né d’un grand-père maternel qui a résisté, et d’un autre qui a combattu, et a été prisonnier. Je suis né dans une région où les gens, de tout bord, de toute condition, ont risqué leur vie et leur santé pour défendre au travail leur idée du progrès, c’est-à-dire leur vision de la République. J’élève mes enfants dans le respect des valeurs républicaines, de ses symboles, de son histoire, du sang qui y coule toujours de ceux qui l’ont tant versé. Alors, partez, Carcenac. Vous empestez.

Vous empestez l’agonie de notre République. La mort lente qu’on a entendue lundi dans le silence des cacochymes hiérarques socialistes au pouvoir. Incapables qu’ils ont été de prononcer un mot d’émotion pour le gamin mort pour son idée de la vie. Il a fallu deux jours pour qu’enfin le président à scooter, le premier ministre à cravate bleue et le ministre de l’intérieur à grosses lunettes daignent prononcer quelques mots. De circonstance. Aggravantes, car aussitôt dits, aussitôt rangés sous le tapis du rappel à l’ordre. En 1986, quand un autre gamin avait été tué – sciemment – par la Police, Mitterrand, que je ne porte pas dans mon cœur, avait eu l’élémentaire décence de visiter immédiatement la famille. Et le ministre de démissionner. À propos de ministre… où est celle qui s’occupe d’écologie ?

En toute chose malheur est bon, faut-il se convaincre. Car nous avons vu là le signe le plus évident que le pouvoir est totalement coupé des réalités au point de n’avoir plus le réflexe de solidarité envers le peuple qui souffre pour une famille, choqué, simplement choqué, par une violence exercée par l’État dans un but dérisoire.

Oublions ce pouvoir. Oublions ces politiques. Mais n’attendons pas 2017 que les choses s’étiolent encore jusqu’à l’insurrection nihiliste du ras-le-bol.

Faisons notre société dans notre coin. Ne votons plus. Tous.

Et sachons manier les symboles : que demain le peuple aille exiger la démission à Albi de Carcenac, que demain le peuple montre ce qu’il pense du pouvoir en lui tournant le dos. Aligné, sans un bruit, les fesses au vent pour servir de miroir à l’âme noire de ces piteux qui iront aux caméras devant nous. Derrière nous.

Le silence de l’échine.

l’article sur Médiapart ici

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